EXPÉRIENCE

L’intelligence artificielle peut-elle être créative ?

L’intelligence artificielle peut-elle être créative ?

Une intelligence artificielle peut produire une image surprenante, écrire une histoire ou proposer une mélodie. Mais suffit-il de fabriquer quelque chose de nouveau pour être créatif ?

La question ne concerne pas seulement la qualité du résultat. Elle touche à ce que nous plaçons derrière le mot « créer ».

Lorsque je peins, mes gestes portent une histoire. Je choisis un visage parce qu’il provoque quelque chose en moi. Je conserve un accident de matière ou j’efface une partie du tableau. Je poursuis une intention, même lorsqu’elle m’échappe ou se transforme.

L’IA, elle, ne désire pas produire l’image qu’elle génère. Elle ne cherche pas à exprimer une émotion ni à résoudre une question qui l’obsède. Elle transforme une demande en proposition.

Cela ne signifie pas que son intervention est sans intérêt. Entre les mains d’un être humain, elle peut provoquer des associations inattendues, déplacer une idée ou faire apparaître une direction que nous n’avions pas envisagée. Elle devient alors un outil de dialogue et d’expérimentation.

Mais à qui appartient la création finale ?

À la machine qui a généré l’image ? À la personne qui a formulé la demande ? À celles et ceux dont les œuvres ont participé à l’apprentissage du système ? La réponse n’est pas simple, et c’est précisément ce qui rend la question passionnante.

L’IA nous oblige à distinguer la production de l’intention. Une image peut être spectaculaire sans porter de nécessité intérieure. Inversement, une œuvre imparfaite peut nous bouleverser parce qu’un être humain a voulu y déposer quelque chose.

Peut-être que l’intelligence artificielle ne menace pas la créativité humaine. Peut-être qu’elle nous contraint à mieux définir ce qui la rend singulière.

Créer, ce n’est pas seulement obtenir un résultat. C’est choisir, douter, renoncer, recommencer, et avoir une raison de le faire.